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Actes Sud réédite un document exceptionnel, publié en 1906 : un opuscule inattendu signé par un (relatif) inconnu du nom d'Edmond Michotte. En une cinquantaine de pages, l'auteur y relatait la visite que fit, en sa présence et une cinquantaine d'années auparavant, le jeune compositeur Richard Wagner (1813-1883) à l'illustre Gioachino Rossini (1792-1868), retourné à Paris vivre paisiblement une retraite dorée bien méritée. Visite durant laquelle il prit des notes afin, dit-il, de se trouver «à même de pouvoir, en un récit scrupuleusement exact, reproduire les phases diverses de la conversation qui s'établit entre ces deux hommes célèbres». La scène eut lieu à Paris, en mars 1860, un début d'après-midi, dans le vaste appartement qu'occupait alors Rossini, au premier étage d'un immeuble situé au carrefour de l'actuelle rue de la Chaussée d'Antin et du boulevard des Italiens, dans le 9e arrondissement de Paris.Par-delà la simple curiosité humaine de rencontrer une célébrité adulée d'autrefois, c'est peut-être simplement le point avec lui-même que Wagner était venu faire, en rendant visite à Rossini. Le déroulé de la conversation entre les deux compositeurs le montre bien. Après les salutations d'usage et un préambule qualifié «d'accueillant» par notre rédacteur improvisé - on papote gentiment sur les ragots et les bruits du Tout-Paris -, très vite, les deux hommes entrent dans le vif du sujet. Ils vont se lancer dans une disputatio passionnante, chacun argumentant pied à pied sur la réforme de l'opéra et sur les conceptions wagnériennes de la «musique de l'avenir», qui donne tout son intérêt à ce petit texte : car, avec la finesse d'esprit qui le caractérise, Rossini comprend vite qu'il a en face de lui un théoricien inspiré et un interlocuteur de première force qui sait parfaitement ce qu'il veut - et où il va.Ce texte est le premier d'une série consacrée à la redécouverte de textes anciens et rares sur la musique. Préfacés, annotés et mis en perspective, ils trouveront ainsi une nouvelle jeunesse.